•  Le souffle de l’Instant est doux et transparent.

    Pourquoi le recouvres-tu d’une épaisse et lourde fourrure  que tu peines à traîner ? Tu en prends possession comme d’une protection rassurante. Quelle folie.

     

    Sans revêtir un costume,

    Sans prochain jour ni même prochaine seconde,

    Sans prochaine idée ou sensation,

    Sans passé, sans mémoire,

    Sans même l’idée d’un maintenant,

    Qui es-tu ?

     

    A la lecture de ces mots, vois-tu le mental en train de chercher une réponse ?

    Le mental est après, après après…après quoi ?

     

    Laisse-le œuvrer sans « toi », il ne « t »’appartient pas, et vois le mécanisme à l’œuvre.

    La prochaine pensée tire sa puissance de l’intérêt particulier que tu lui voues. Lui porter attention c’est la croire. Alors l’expérience qui va se vivre sera colorée de cette pensée crue. Tu perçois ce que tu conçois et quoi qu’il se passe est quelque chose en quoi tu manifestes de l’intérêt.

    Les pensées qui passent sans être « accrochées » ne sont pas enregistrées dans la mémoire, elles sont de simples apparitions sans consistance. 

     

    Quand l’attention ne se porte pas sur  « moi », sur la pensée ou l’image que tu as à propos de qui tu es, qui es-tu ?


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  •  

    L'Attention n'est pas orientée vers..., elle est sans direction. Même orienter l'attention vers le Soi n'est pas juste parce qu'alors tous deux deviennent des objets. Se laisser fondre sans aucune intention. Alors l'attention se révèle à elle-même. Il n'y a que cela et nous sommes cette Beauté pure :))

     


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  •  Article paru dans la nouvelle Revue 3ème millénaire n° 115, printemps 2015 sur le thème : « l'approche corporelle. Du corps qu'on a au corps qu'on est » : 

    La question qui se pose ici en premier lieu est : qui est ce « je » qui serait ou à qui appartiendrait le corps ?

    Ce que nous savons intimement et de façon permanente est « Je suis ». Cette connaissance ne provient pas d’un savoir intellectuel mais d’une vision directe dans l’instant. Je sais que je suis, que j’existe parce qu’il y a conscience que j’existe. Cette conscience fait partie intégrante de notre Soi.  « Je suis » et la conscience que « Je suis » sont en fait une seule et même réalité.

    Et puis une croyance est venue s’ajouter à « Je suis », celle que « je » suis contenu à l’intérieur d’un corps qui a ses propres contours ou que je coexiste avec cette forme physique. « Je suis » devient donc je suis le corps ou je suis celui qui a un corps. La Source est alors oubliée, comme la vague oublie qu’elle appartient et « est » l’océan.

    C’est la naissance de l’individualité, l’idée et la sensation d’être distinct de…croyance sans aucune réalité. Ainsi lorsque des pensées telles que « je crois », « j’ai l’impression que » arrivent à la conscience, alors automatiquement la pensée « je » en prend possession.

    Dans les deux cas, l’unité devient dualité et « je » fais l’expérience, en tant que corps ou avec mon corps, de ressentir et voir, à l’extérieur de « moi », les autres et le monde. Cette fausse identification au corps entraîne la pensée d’en partager toutes ses caractéristiques, ses qualités comme ses limites. « Je »possède alors une histoire où je nais, vis et meurs.

    ****

    Dans cette perspective, l’affirmation  j’ai un corps sous-entend que le corps appartient à « moi », il y a donc moi et le corps, sujet et objet. Il s’agit d’une pensée, simple mouvement du mental.

    Si le corps m’appartient, « je » dois pouvoir le contrôler, exercer une influence sur lui.  Le cœur bat seul, les cellules vivent et meurent, il vieillit, de fait il fonctionne et a sa propre vie, en dehors de « moi ». Il ne «  sait » rien des émotions étiquetées bonnes ou mauvaises, il n’est qu’un réceptacle de celles-ci. Et lorsque la moindre image de « soi » personnelle et individuelle apparaît, alors il se densifie, se contracte et des tensions naissent. « Je » me sens vulnérable et en insécurité car ce qui m’appartient est limité dans le temps et voué à la disparition.

     

    L’affirmation « je suis le corps »entraîne automatiquement la naissance d’un sentiment de séparation. Il y a « moi » en tant que corps et le monde extérieur. Je pense être le corps et même je ressens être le corps. Il y a sentiment d’un « moi » dans le corps où les sensations apparaissent et ressenti du corps comme une entité solide et délimitée.

    Si je suis le corps, alors je ne peux simultanément en faire l’expérience et en être conscient. Le corps ne peut faire seul l’expérience de lui-même. Il y a conscience du corps et cette conscience reste inchangée de la naissance à la mort, elle est toujours présente. Le corps n’est donc pas « ce que je suis » mais apparait en «  Je suis ».

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     Si nous investiguons plus en profondeur, nous découvrons que le corps n’a pas de densité propre.

    Prenons un exemple, la main qui touche le visage. Il y a vision que la main se pose sur le visage et sensation au contact des deux. Lorsque nous fermons les yeux, l’image n’est plus, le contour du corps s’évanouit, et lorsque la pensée se tait,  il ne reste que sensation physique pure sans localisation précise. Nous voyons ici directement que le corps n’a de matérialité qu’avec l’image et la pensée que nous en avons. Il y a, dans cet exemple, « expérience » sensation ou  vision et également conscience de cette expérience. Expérience et Conscience, expérience et « Je suis » sont Un.

    Lorsque les hypothèses sur « ce que je suis » ou « qui je suis » sont remises en question, elles s’effondrent naturellement. Toutes les définitions que nous avions de nous-même sont vues comme des concepts.

    C’est ainsi que nous passons du « je suis ceci «  à « Je suis » puis à l’absence même de mot pour exprimer l’inexprimable.

     

    Marion


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  • Les états d’âme, mélange d’émotions et de pensées, n’appartiennent à « personne ».

    Tristesse, joie de vivre, spleen, sérénité, vague à l’âme, impression floue de mal-être…

    Etats d’âme et personne sont une seule et même « réalité », ils sont le processus même de recherche, recherche d’un état d’unité, de bonheur qui n’est pas ressenti et qui semble avoir été perdu.

    Ils font appel à la mémoire, résurgence de pensées sur le passé ou anticipation sur le futur…

    Et si l’on y regarde de plus près : qu’est-ce que la mémoire, si ce n’est une somme de pensées qui émergent dans l’instant ?

    Et que sont passé et futur, si ce n’est une somme de pensées qui émergent dans l’instant ? Avez-vous déjà réellement vécu le « passé » ? De la croyance en un « temps » émergent peur et désir : « je désire que tel évènement se produise » revient à dire « je crains qu’il ne se produise pas ». Ils ne sont que concepts mentaux, illusions n’ayant aucune connexion entre eux et le fait d’y croire  donne l’image d’un faux-semblant de continuité.

    Le passé et le futur n’existent pas…seul l’instant présent, sans temps, Est.

    De cette vision, la relation de cause à effet n’est pas. Ainsi, les émotions sont une sensation corporelle qui ne provient et ne dépend jamais d’une situation vécue ni même de quelqu’un ou d’un objet extérieur.

    Lorsqu’une émotion est ressentie, l’accueillir entièrement, et même l’accueillir est trop puisqu’elle est déjà là lorsqu’elle est conscientisée. Alors simplement la laisser se déployer totalement, se laisser fondre en elle jusqu’à ce que le « je » s’efface. C’est ainsi la voir pour ce qu’elle est, une sensation corporelle fine qui apparaît en ce que nous sommes, Présence témoin neutre. Et puis en voir sa source, ce sentiment erroné d’être un individu séparé du reste du monde. Ce que nous sommes n’est pas objectivable, et c’est la Beauté même.

    De cette compréhension fondamentale, au-delà du mental, jaillit Compassion, Humilité et Amour. Ils ne sont pas acquis au prix d’un effort personnel. Véritable élan de Vie,  ils se révèlent naturellement lorsque le voile personnel n’est plus.

     


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  •  Qui suis-je ?

    Quel est ce « je » qui sort de ma bouche à chaque instant, de façon automatique ?

    C’est drôle, pendant toutes ces années, jamais il ne m’est venu à l’idée de voir d’où il venait, à quoi il faisait référence. Comme une conviction intime qu’au fond, aucun savoir n’était utile à cela, l’expérience suffisait à m’en convaincre. Et pourtant une croyance s’est posée et s’est enracinée.

    Alors comme une brise légère, porter attention, laisser résonner, se laisser ressentir « je suis ».

    « Tu es assis sur un trésor » dit l’Evangile. Cette phrase est entendue dans sa plénitude, elle est épousée entièrement.

    Par la magie et l’art de l’attention, le sentiment « je » glisse doucement d’une image mentale ou d’une perception à un sentiment élargi plus subjectif puis s’évapore entièrement pour se fondre dans la Présence.

    Oui s’abandonner totalement, lâcher en totale confiance toutes les croyances que j’avais à propos de qui j’étais. Rien sur quoi se raccrocher, il n’y a aucun savoir. Je ne sais pas, « Je suis » et c’est la confiance même qui me saisit.

    Le trésor se révèle alors, je vois bien au-delà des yeux. Je vois et n’ai cessé de voir depuis cet espace tranquille…..et je ne le voyais pas.

    La pensée « je » est simplement une cristallisation ou contraction énergétique qui donne l’illusion d’une dualité où « je » se sépare de l’Un.

     « Être » ne demande aucun effort,  le faire n’appartient pas à l’Être. Chercher à « Être » ce que l’on est n’a pas de sens, nous sommes dans cet état d’être en permanence. Juste « Être ».

     


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